J'écris cette note sur les bases d'une autre, postée il y a longtemps, où j'expliquais que cette histoire m'avait touchée particulièrement. Peut-être parce que j'étais un fanatique de la première heure du groupe Noir Désir. Dès ses débuts en 1989, j'avais adhéré à la musique, aux textes et à la voix de Bertrand Cantat avant d'avoir assez vite la chance de les voir en concert, et d'enregistrer une petite interview avec eux à Thionville en Moselle. Ensuite l'histoire on la connaît, le groupe a explosé avec (entre autres) "Tostaky" (1992), "666.667 Club" (1996), "Des Visages Des Figures" (2001) puis implosé l'été 2003.
J'étais à l'aéroport de Kunming en Chine en cette fin juillet lorsque j'ai appris la nouvelle par téléphone. Tragique. Une dispute entre deux êtres qui s'aiment, et qui transforme une histoire d'amour en véritable cauchemar. Je repense immédiatement à cette dispute éclair survenue quelques années auparavant avec une ex petite amie avec qui je partageais ma vie. Les mots, si durs et si cruels alors échangés l'ont fait se retirer dans une autre pièce alors que je restais devant la porte, hésitant entre partir et rester. Les injures et reproches d'une violence inouïe continuaient de fuser dans le but de faire mal sans se toucher physiquement. Et puis en un instant je l’ai vue surgir devant moi, un couteau de cuisine à la main. Plus question de vouloir faire mal dans le discours. Elle passait aux actes en fonçant vers moi avec la vive intention de me tailler le bifteck, c'était écrit dans ses yeux. J'ai vraiment eu peur pour ma vie à cet instant précis. Alertée par le bruit, c'est une amie, voisine de pallier, qui a finalement récupéré l'objet du délit immobilisé au sol et qui a calmé les esprits, en hébergeant alors celle que je ne reconnaissais plus, pour le reste de la nuit. Ce moment a évidemment sonné le glas de notre relation. Comment peut-on en arriver là, par amour ? Ce jour d'été 2003 en apprenant la nouvelle pour Bertrand Cantat et Marie Trintignant j'ai évidemment repensé à cet épisode de ma propre vie. Nous avons eu beaucoup de chance, pour eux l'issue est dramatique. Elle en a perdu la vie, et lui aussi quelque part j’en suis sur. Au figuré. Leur histoire a trop souvent été ramenée à de violence conjugale répétée. Ce n'est pas cela du tout. Avant de boucler cette note que j’ai commencée hier, je lisais quelques articles sur le sujet et je découvre l’un des plus beaux textes chez Embruns, pour qui une dispute a un jour également failli tourner au drame. Pour certains d’entre vous l’irréparable a peut-être un jour ou l’autre failli se produire, ou s’est produit. Triste fatalité. Condamné à huit ans de prison pour avoir porté des coups mortels à sa compagne, Bertrand Cantat a aujourd’hui effectué la moitié de sa peine, et comme plusieurs milliers de détenus français chaque année, il bénéficie d’une remise en liberté conditionnelle pour bonne conduite. La notoriété du chanteur n'avait évidemment pas à entrer en ligne de compte dans cette affaire, et la décision du juge d'application des peines est conforme à la loi. Bien au delà de cette affaire "juridique", c'est l'état psychologique de Bertrand Cantat qui me préoccupe, comme tous les fans du groupe j'imagine. Outre la peine qu'il vient de purger, et même s’il l’a tuée, il a perdu celle qu’il aimait. A tout jamais. Envolés également tous les souvenirs physiques de son passé, puisque sa résidence de Moustey dans les Landes avait été détruite par un incendie criminel la nuit du 11 septembre 2003. Avant même de me demander s'il remontera un jour sur scène, j'espère juste que Bertrand Cantat arrivera à reprendre une vie "normale", à l'abri des paparazzis, des journalistes d'égouts, de tous ces artistes sans talent, et de tous les « bien pensants » qui ne cesseront jamais de l’accabler. Bertrand Cantat a été libéré aujourd'hui... mais il ne sera certainement plus jamais un homme libre !
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