Il est 11h45 ce mardi matin. Comme souvent j'ai choisi le scooter pour me rendre à la radio, et sur mon trajet je descends tranquillement la rue de la convention dans le 15e. Le mardi c'est marché. Je redouble d'attention car la route est mouillée, et avec toute cette file de camionnettes rangées sur le bas côté, la rue est plus étroite que d'habitude. Les piétons, pressés, distraits, tirant leur cabas remplis de provisions peuvent surgir de n'importe où ! Une fois passé le marché, plus loin il y a le feu rouge du carrefour convention. Le café Dupont à gauche, la place avec le cinéma Gaumont et le métro à ma droite. J"ai accéléré un peu après le marché, je suis à 40 Km/h, et le feu est toujours vert alors que j'arrive à sa hauteur. A l'orange il y a toujours cette hésitation de quelques micros secondes où l'on va se poser la question. "Je passe, je ne passe pas ?". Là c'est vert donc je continue ma route, lorsque tout à coup la voiture qui se trouve sur le côté gauche, et qui roule dans le sens contraire au mien décide de tourner à sa gauche, d'un coup sec, sans clignotants..
J'ai juste le temps de me dire "Mais c'est quoi ?? Attention !!", de commencer à freiner, hélas elle ne m'a toujours pas vu, mon scooter se penche sur le côté, moi je suis dans les airs. Il percute l'avant droit de la voiture de plein fouet, et moi je m'écrase sur le dos de tout mon poids sur le goudron humide du carrefour convention. Une chute ultra rapide, au cours de laquelle, avant même d'être totalement immobilisé je me dis déjà "là ça va être du sérieux". Tout s'est passé très vite. Je ne perds pas connaissance, mais je ne peux plus bouger. Mon casque vissé sur la tête après avoir heurté le sol, une basket en moins, impossible de bouger les doigts dans mon gant gauche, et surtout impossible de me relever ni même de bouger tellement j'ai mal au dos. Cloué au sol, et le temps de m'auto appliquer ce rapide check up, j'ai déjà une dizaine de personnes autour de moi. Je vois un autre motard, qui vient de s'arrêter et enlève son casque pour voir spontanément comment je vais, prendre des nouvelles et m'aider à rassembler mes affaires éparpillées. Des badauds qui se trouvaient là, restent debout et commentent la scène. La conductrice de cette maudite voiture est sortie de son véhicule et s'approche pour me demander ce qu'on demande en pareilles circonstances: "Ca va, vous n'avez rien ?".. J'aimerais bien lui répondre: "Non c'est bon, aidez moi à me relever, ça va !" mais hélas je peux à peine parler, je respire très mal. Mes mots sont saccadés, comme si j'avais pris un bon gros coup de poing dans le bide. Les gens sont de plus en plus nombreux autour de moi, et comme au cirque, sur plusieurs rangées.. J'entend vaguement leurs commentaires: "Ne le touchez pas, mettez le sur le coté s'il vomis qu'il ne s'étouffe pas, la voiture lui a coupé la route, ah les deux roues c'est dangereux quand même hein..." Tous ces mots flottent autour de moi comme des nuages. Je retente de bouger. Aie mon dos. Réellement impossible, c'est au dessus de mes forces. Une femme me parle plus directement: "Je suis infirmière, ne bougez surtout pas les secours arrivent, ils seront bientôt là. Et elle se retourne, appelez le 15, appelez le 15 !"
Cette fois c'est inéluctable, je vais repartir en ambulance. L'infirmière me demande s'il y a une personne a prévenir, je lui donne tant bien que mal le numéro du studio: "dites leur... que Manu... viendra pas... qu'il a eu... un accident". Je ne pense même pas au gros flip que cela va alors infliger à mes collègues, mais j'étais incapable de prononcer autre chose, c'était déjà très dur de dire ça...Et puis ça y est je les entend, les pompiers arrivent ! Font un peu le ménage autour de moi, me demandent où j'ai mal, et vu que mon dos est touché, décident de me mettre en coquille. Des secondes qui paraissent une éternité, rythmées par des pompiers qui s"affairent autour de moi, une agitation qui s'empare de tout le quartier, le nombre de badauds qui a doublé, des questions sur mon scooter, sur ma vitesse, sur ce qui s'est passé, si j'ai des fourmillements dans les membres, l'un d'eux s'inquiète du fait que j'ai beaucoup de mal à respirer. Au bout de quelques minutes ils me retirent mon casque, me mettent un joli collier autour du cou, puis me portent à plusieurs pour me mettre dans cette fameuse coquille et me charger dans leur véhicule. C'est la première fois de ma vie que je monte dans l'ambulance des pompiers. Mais immobilisé sur le dos on ne voit pas grand chose, excepté les spots lumineux du plafond comme chez le dentiste...
"Nous allons vous conduire a l'hôpital, mais avant la police a quelques questions à vous poser". Dans ma tête j'me dis: "J''ai le dos en compote, je vais en avoir pour des semaines, immobilisé sur un lit pendant des heures à ne plus savoir quoi faire, mais lui faut qu"il me pose ses questions maintenant !" Et quelles questions. "Est ce que vous avez une piece d'identité ? Votre adresse c'est bien la bonne ? Et votre permis il est où, on ne le trouve pas dans votre portefeuille ? Et votre carte grise ?" Je lui explique en deux mots que je ne les ai pas: "sont dans un portefeuille... que j'ai oublié". Navré il me répond: "Je suis désolé mais ça va vous coûter une amande". Tout ce que vous voudrez mais là je ne peut pas bouger, j'ai très mal à la main, aux cotes, au dos qu'on m'emmène à l'hôpital, le reste me parait secondaire. Et la, cerise sur le gâteau il remet ça: "Votre assurance sur le scooter elle est pas à jour !". Je sais, elle est annuelle, et en effet je n'ai pas collé la nouvelle carte verte pour 2007. "Je suis désolé, mais ça sera encore une amende !". Allons bon. L'un des pompiers se permet de lui dire qu'il serait temps de m'amener aux urgences. "Attendez, on vérifie s'il a le permis à partir de son nom sur l'ordinateur et vous pourrez l'emmener". Une situation digne d"un canular télé plus vrai que nature. Finalement c'est bon, le central a dû confirmer que je n'étais pas un terroriste international, mais juste un conducteur de deux roues à qui une voiture a coupé la route à 40 km/h, en ce mardi matin...
Avec ma grosse doudoune qui a certainement un peu amorti ma chute, je crève de chaud dans l'ambulance. Je suis à la limite de tourner de l'oeil quand nous arrivons à l'hôpital Georges Pompidou. Un ptit coup d'air frais qui me fait du bien à la sortie du véhicule quand on me transfère dans le sas des urgences. Je tente de bouger un peu, mais toujours impossible. Je commence de plus en plus à me dire que mon dos est sérieusement touché, et que je suis dans une belle galère.. Puis tout s'enchaine, perfusion, questions, toujours du mal à respirer, impossible de bouger, mais heureusement l'antalgique que l'on m'a injecté commence à faire effet. J'ai moins mal, et j'attends, sur mon lit à roulettes, de couloirs en couloirs entre médecins et radios. Pas de quoi me plaindre finalement, j'y suis a la radio ! Ah c'est pas la même. Pas de hits, de NRJ music awards ici. Plutôt des rachis lombaire, face, profil.. C'est pas la même musique. Je pense à Ron, dont je suis en train de lire le livre (sur lequel je prévoyais d'ailleurs de faire une note cette semaine). Je vois tous ces gens qui s'activent pour soulager nos douleurs. Je le pensais déjà, mais là j'en suis convaincu, ils font un beau métier !
Le verdict tombera en toute fin d'après midi. Des côtes un peu abîmées, le majeur gauche fracturé et un traumatisme du rachis dorsal. Pas de colonne brisée, ou de lombaires écrasées. Je peux me lever, tout doucement, je peux même marcher, un peu. Me revoilà sur pied, après une journée allongée, à penser, et à imaginer le pire. Je m'en tire bien, et je retrouve le sourire. Moi qui n'avais pas encore pris de résolutions pour 2007 je viens de choisir ma première: essayer de rester en vie ;-)
Ca fait maintenant quelques jours, j'ai encore très mal au dos, et du mal à me déplacer. Mais d'ici peu ça devrait aller mieux ! A très vite !
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